« Lassalle a écrit un jour qu’il renoncerait volontiers à écrire tout ce qu’il savait s’il pouvait seulement réaliser, fut-ce partiellement, ce qu’il était capable de faire. C’est un Vœu que ne comprend que trop bien tout révolutionnaire. »
Trotski- Journal D’Exil, Premier Cahier.
La révolution, définie par le Larousse comme un « changement brusque et violent dans la structure politique et sociale d’un État, qui se produit quand un groupe se révoltant contre les autorités en place, prend le pouvoir et réussit à le garder », peut être vue sous un angle simple et étymologique comme une « nouvelle évolution » une re-évolution. Cette approche foncièrement évolutive du système politique permettrait de soulever la question des origines de cette insurrection. Quelle est l’origine de la révolution, où puise -t- elle ses racines ? Il sera question d’une suite logique de la création d’une révolution à travers d’abord l’infraction d’un droit légitime naturel qui mènera ensuite à une insurrection personnelle visionnaire, qui sera à l’origine de la création d’une image, symbole ou preuve irréfutable qui causerait un éveil des masses et enfin une révolution.
Les penseurs et théoriciens dit « jusnaturalistes » défendent la notion de Droit Naturel. Il s’agirait de l’ensemble des droits dit subjectifs, qui permettrait à un individu de légitimement avoir, faire ou exiger certaines choses. Le droit est d’ailleurs étymologiquement basé sur la notion de Justice (« dikaion » de « dikè » (justice) en grec), d’où cette notion actuelle de droit comme ce qui est juste ou conforme à la loi. Donc pour revenir à la notion de droit naturel, il serait question d’un élément « naturellement juste » ou même conforme aux lois de la nature. Enfreindre la loi, empiéter sur le droit « Naturel » d’un autre serait alors considéré et ressenti comme contre nature et donc « Injuste ».
Ce sentiment d’injustice, serait à l’origine d’un moment de crise intellectuelle (politique, philosophique, psychologique…). Ce moment de questionnement est normalement résolu par l’application de la loi. Pour Hobbes dans « Léviathan » abandonner sa liberté et conférer à une tierce personne (L’Etat) un pouvoir qui permettrait d’enforcer la Loi dans le but de s’assurer sa propre sécurité, donne la responsabilité à l’Etat de gérer une crise. Cela pose la question de la légitimité du Pouvoir, de la possibilité de le questionner et de le renverser. D’ailleurs, l’autorité prend sa base étymologique dans Auctoritas ; le pouvoir de faire grandir, la figure commanditaire d’autorité serait légitimement celle qui détiendrait le pouvoir de commander.
Or lors d’une révolution, l’élément subversif en force, c’est l’Etat. Comment faire alors confiance à une tierce personne corrompue détenant la liberté de tous, prenant, de plus en considération que cet élément subversif a lui-même été légitimisé par le peuple, principale victime d’un Etat corrompu. Cette salade psychologique, c’est elle qui est à la base de l’aliénation du peuple prérévolutionnaire.
Par exemple, la période insurrectionnelle à Paris désignée généralement par la « Commune de Paris » s’étendant du 18 mars 1871 jusqu’au 28 mai 1871 (après 7 jours de combats de rues que l’on réfère comme la semaine sanglante). Cette période voit naître un mouvement d’autogestion de la ville en réaction à l’élection d’un gouvernement de l’Assemblée Nationale au suffrage universel. K. Marx se référera à cette période comme première insurrection prolétarienne autonome.
« L’officier dit : Ne raisonnez pas, faites vos exercices ! »
Kant- Qu’est-ce que les lumières ?
Un esprit aliéné, n’est pas seulement soumis à un déphasage avec le monde, il s’agit de la « situation de quelqu’un qui est dépossédé de ce qui constitue son être essentiel, sa raison d’être, de vivre. » L’aliénation est ainsi un manque d’expression, d’extériorisation et de communication.
Pour subvenir à ce besoin d’expression, la réponse suprême d’un élément insurgé serait la création d’une image. De la rédaction d’un manifeste révolutionnaire à un tag sur les murs d’un parlement en passant par la fermeture d’une avenue principale d’une ville, un révolutionnaire impose un symbole, une image, un « statement » lourd de sens. Car l’image est l’ultime expression d’un moment. Une composition capturée et arrachée de sa 4eme dimension, le temps.
Comme l’aura dit Terry White, procureur lors du procès intenté contre les policiers ayant agressé Rodney King en 1991, à propos de la principale pièce à conviction de l’affaire (La vidéo de l’agression). « Cette bande vidéo montre alors de façon décisive ce qui s’est passé cette nuitlà̀. C’est quelque chose qui ne peut être réfuté. Tout le monde peut le constater. C’est l’élément de preuve le plus objectif qu’on puisse avoir. » L’approche de Terry White fait de la vidéo un symbole pour la communauté́ afro-américaine de l’époque qui manifestera pendant 6 mois pour enfin relancer le procès et criminaliser les policiers
“The telephone is a dangerous little instrument, unfit for diplomacy.”
Harold Nicholson- On Diplomacy, 1961.
Que dirait Harold Nicolson aujourd’hui. A l’ère de la création du moment pour l’image, où internet pousse à la sur-création de production de tout genre, où les réseaux sociaux nécessitent et recommandent une image qui accompagne tout texte pour légitimiser ce dernier. L’image est une preuve qui fait vibrer les masses, elle a un impact fort sur le ressenti d’un événement. Loi suprême du marketing, l’image du produit passe avant toute autre de ses caractéristiques. Ce qui nous emmène au dernier maillon de notre pensée : L’image, faute d’éduquer, sensibilise la foule, et donne à un moment un aspect précis, cadré, souvent composé et avec un parti pris.
L’invention et la création d’une Image est à l’origine de l’insurrection de masse. C’est la retranscription de la vision d’un individu révolté à travers cette image qui donne une direction à une révolution, un sens et un besoin de concret.
L’origine d’une révolution est liée à un sentiment de perte de sens, une aliénation totale qui, pour être contrecarrée, commande un besoin de concret, un impact sur le monde, une production expressive. L’image est à l’origine de la révolution de par son aspect universel, sa capacité à avoir un impact sur tout le monde.
Malek Nacouzi
Bibliographie : (M.L.A.)
➢ Fletcher, Tom. Naked Diplomacy. William Collins, 2016. ➢ Trotski, Léon. Journal D’exil, 1935. Gallimard, 1960. ➢ Kant, Immanuel. Foundations Of The Metaphysics Of Morals ; And, What Is Enlightenment?. Bobbs-Merrill, 1959. ➢ Monla, Myriam. “La « Crise De L’Autorité » Ou Les Prophètes De La Nouvelle Pompéi”. Journals.Openedition.Org, 2019, https://journals.openedition.org/sds/4298. Accessed 16 Nov 2019. ➢ HOBBES, THOMAS. LEVIATHAN. ANCIENT WISDOM PUBLICATIO, 2019. ➢ Tillier, Bertrand. La Commune De Paris, Révolution Sans Images ? Politique Et Représentations Dans La France Républicaine (1871-1914). Champ Vallon, 2004. ➢ Cours de Philosophie, M. Debbs, A. Abi Daoud, M. Hamouche – Jamhour Terminal, 2018 ➢ Grand dictionnaire Encyclopédique Larousse, éd. Larousse, tome 13, Lizy-sur-ourcq, 1985. ➢ 1 Histoire, 1 Image, and Cyrus North. “Le Passage À Tabac De Rodney King”. Youtube.Com, 2018, https://www.youtube.com/watch?v=Nf2cxK1dmZg&list=PLJ6RDhT0IVEBqixu_OiqSQ MOnBodkFRAg&index=2. Accessed 18 Nov 2019.