AUTORITE / CRISE / INSURRECTION By Paola Faddoul

Il serait cliché de commencer ce projet de recherche par depuis « la création de ce monde », néanmoins en se penchant un peu plus sur l’Histoire de la terre et cet héritage que nous recevons à la naissance, nous ne pouvons que penser que l’histoire se répète de siècle en siècle : colère, rancune, haine, crises, révoltes, mots liés à l’Homme par des rites parfois sanglants. Notre évolution a été pavée par une violence répétitive et cela au nom de la liberté. Un mouvement de révolte contre l’autorité, le pouvoir politique qu’il soit étatique ou autre, qu’il soit tyrannique ou despotique, un mouvement commencé depuis l’antiquité et qui continue jusqu’aujourd’hui en France avec les « Gilets Jaunes », au Chili, à Hong Kong, et plus récemment au Liban et en Iran. Mais comme la si bien dit Georges Didi-Huberman : « Ou va donc la colère ? Soulèvement, insurrection, révolte : le feu de la colère suscite un évènement imprévisible, qui, entre fête et violence, entre allégresse et ressentiment, est toujours susceptible de bifurquer ou de se dévoyer, s’il n’est pas simplement écrasé ou canalisé par l’autorité contre laquelle il s’est dressé. C’est dire que révolte n’est pas synonyme d’émancipation »

Arrivés au XXIème siècle depuis presque une vingtaine d’années, nous vivons encore les mêmes problèmes que nos parents, les mêmes guerres nous suivent et hantent et il est bien triste de voir au pouvoir les mêmes personnes qui ont détruit peu à peu le pays, son présent et futur. Dans « les identités meurtrières », Amin Maalouf a très bien su décrire cette situation « L’avenir d’un pays ne peut pas être le simple prolongement de son histoire. ». Il est remarquable combien cette simple citation résume la situation récente du pays et cela est presque triste qu’on soit arrivé à ce stade de fatigue, frustration, colère, mépris et rancune, pour exploser à la fin avec une passion et un patriotisme étonnants tout autant que fascinants. Mais combien d’années avons-nous perdu ? combien d’années nous-ont-ils volé tel des sangsues affamées ? 

Avec tellement de pensées, de questions différant pour chaque personne, nous ne pouvons ne pas se poser la question (dans ce cas-là une multitude peut-être) : comment ces évènements influencent-ils l’Art et l’image ?

Pour répondre à la première question, il serait intéressant de commencer « Le 3 mai 1808 » par Goya

Le 3 mai 1808 (1814)

Francisco De Goya. Huile sur toile

268 x 347 cm  Madrid, musée du Prado

Cette image choquante de Goya représente un événement réel – l’exécution à Madrid, par un peloton français, d’hommes du peuple coupables d’avoir apporté leur soutien à la rébellion contre l’occupation napoléonienne. 

Goya recourt à des contrastes d’une efficacité redoutable, en traitant son sujet avec une expressivité spectaculaire, à la fois baroque et romantique, l’arrière-plan plongé dans l’ombre fournissant ainsi un décor effrayant à cette scène d’horreur puissamment éclairée. Les deux groupes de figures s’affrontent de très près : à droite, une rangée anonyme de soldats impériaux, tous penchés en avant, parfaitement alignés, leurs fusils dessinant un terrible et sinistre trait de mort. Leur raideur traduit leur nature d’automates et leur absence d’émotion quand à l’acte qu’ils s’apprêtent à accomplir. A gauche, les victimes en haillon forment une atroce procession : certains sont déjà morts, d’autres en position d’attente, d’autres encore marchent inexorablement vers un sort identique. Chacun est représenté de manière à provoquer l’empathie et la compassion chez le spectateur. Mais c’est l’homme situé au centre et vêtu d’une chemiseblanche, le visage grimaçant, levant les bras en geste de crucifixion, nous invitant à l’identifier a Jésus-Christ qui attire. Sa main droite porte clairement une marque semblable à un stigmate, soulignant son rôle de martyr et son identification avec le Christ, et cela renforce encore plus la position en croix du buste, prêt à recevoir les balles. Les nombreux ruisseaux de sang que les victimes déjà mortes répandent au sol forment un contraste saisissant avec le reste du tableau, peint en tons ternes et neutres. Seules autres exceptions, la chemise blanche éclatante er le pantalon jaune de la figure centrale sont éclairés d’une seule lampe brillante, pointée directement sur la victime attirant ainsi l’attention du spectateur sur la tragédie de sa mort imminente. Ce qui est troublant et remarquable dans ce tableau est la ressemblance avec les faits de la manifestation ou révolution libanaise. Le geste du martyr du tableau est le même utilisé par tous les manifestants libanais ainsi que son expression peinée retrouvée dans toutes les photos prises. Mais le plus troublant reste ce rappel du sang représenté par les flaques immenses entourant les martyrs espagnols, même flaque de sang entourant le martyr Alaa Abou Fakher mardi passé. 

Ce même rappel et lien entre tableau et la révolution libanaise peut être trouvé dans « La liberté guidant le peuple »

La Liberté guidant le peuple (1830)

Eugene Delacroix. Huile sur toile

260 x 325 cm 

Paris, musée du Louvre Ce tableau, l’un des plus célèbres symboles de rébellion de toute l’histoire de l’art, a pour sujet l’insurrection parisienne de juillet 1830, qui chassa le roi bourbon Charles X pour le remplacer par Louis-Philippe, duc d’Orléans. Delacroix y représente un moment clé, celui ou les rebelles républicains percèrent définitivement les barricades, le 28 juillet. Le caractère spectaculaire de la scène est accru par la composition pyramidale ascendante qui en forme le cœur, dont le sommet est occupé par le drapeau tricolore qu’agite la Liberté et la base formée par plusieurs figures. Mais ce qui est remarquable est ce rappel entre la liberté et les manifestantes libanaises. Toutes ne montrent pas leur peur et restent courageuses, guidant le peuple vers une liberté du pouvoir régnant. Toutes deux femmes sans crainte, se positionnant au premier rang comme si elles guidaient, protégeaient le pays par leur force, leur délicatesse, leur endurance, leur volonté. Pour la première fois peut-être, la femme est montrée pour sa vraie valeur au Liban : protectrice, combattante, courageuse, aimante parfois blessante mais symbole de la liberté, symbole du peuple et symbole du Liban. Cette révolution est différente des autres par le rôle qu’on donne à la femme, par l’importance qu’on lui donne et enfin par le fait qu’il s’agit de la révolution des femmes. Toutes les manifestantes deviennent ainsi la Marianne, toutes un modèle de « La Liberté guidant le peuple » 

Savons-nous ce que l’avenir nous offrira ? sommes-nous sures que tous ces efforts auront un résultat positif ? est-il si difficile d’espérer ? de rêver un peu ? de se dire que nous réussirons ? 

Je conclurai par un extrait d’Amin Maalouf comme pour dire que ceci n’est pas la fin puisqu’un sujet pareil ne fera jamais parti du passé.

« En ce temps-là, le ciel était si bas qu’aucun homme n’osait se dresser de toute sa taille. Cependant, il y avait la vie, il y avait des désirs et des fêtes. Et si l’on n’attendait jamais le meilleur en ce monde, on espérait chaque jour échapper au pire »

One thought on “AUTORITE / CRISE / INSURRECTION By Paola Faddoul

  1. I couldn’t be more proud of you Paola than I am now, after reading your thoughtful deep emotional and thorough published research! A very well done to you, you should be extremely proud of yourself as I am of you, and super happy to share your published research with others. God bless xo

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